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Le Ciel des Oiseaux blessés

Le Ciel des Oiseaux blessés (2/5) : La voie retrouvée

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Illustration par l’auteur

CYCLE « LE CIEL DES OISEAUX BLESSÉS » (2/5)
LA VOIE RETROUVÉE – LE ROSSIGNOL

La lune s’arrêta au-dessus des cimes des arbres et, l’air rêveur, s’adonna au plaisir d’écouter le chant du rossignol. Il lui semblait que les sons enchanteurs pouvaient faire résonner même son tympan de cuivre lumineux… l’arracher au silence, inciter à chanter les cordes claires de ses rayons… Seul le rossignol pouvait réveiller ces pensées en elle !… Quand il chantait chaque note devenait une fée de la musique qui opère des merveilles  — un don du ciel, ce chant envoûtant qui aligne les étoiles stupéfaites comme des notes dans une partition, comme des choristes heureuses de chanter avec lui, avec ce tout petit oiseau, leur gratitude à la puissance céleste qui les avait appelées à la vie !…

Le rossignol chantait, conscient de la puissance enchanteresse de sa voix. Le vent du Sud ne soufflait plus, le ruisseau retenait l’harmonie vibrante de ses eaux, les cigales quelque part découragées rangeaient leurs violons dans les herbes et dans la simplicité de leurs petits cœurs, sans jalousie, décidaient de ne plus jamais jouer…

Seul le vent du Nord ne voulait pas succomber au charme du chant berçant les nuits d’été. Le vent du Nord n’aime pas la douceur d’air qui fait les cœurs rêver… Un cœur qui rêve n’est pas un cœur qu’on peut arracher à la magie ensoleillée de l’été. Le vent du Nord déteste le rossignol, ses cantiques, la puissance mystérieuse de l’air dans lequel flotte un parfum de musique. Il sifflait sa menace glaçante et rassemblait ses forces néfastes à l’autre bout de l’horizon…

Ignorant le danger, absorbé par sa symphonie et fier de son talent, le rossignol chantait et enchantait. Nuit après nuit les trilles de ses airs inspirés envahissaient la forêt et faisaient briller plus fort les étoiles. En ce temps l’horizon s’obscurcissait un peu plus à chaque coucher du soleil, le vent du Nord grondait, soufflait le froid et préparait son attaque… Une attaque contre la beauté de l’Univers immense et étoilé dont, sans même se rendre compte, le rossignol était devenu le chantre  — le talent si souvent n’a pas conscience des responsabilités qui lui sont confiées !…

Le ciel devint écarlate comme une veine ouverte avant qu’arrive un crépuscule noir et étouffant telle une fumée venue des profondeurs d’abîmes inconnus. Une spirale d’air glacé chassa le souffle caressant du Midi, secoua les arbres, piétina les herbes et prit dans son mouvement impitoyable le rossignol… Le plus courageux des grésillons essaya, à force de musique, de faire obstacle à cet adversaire effrayant, mais les sons doux de son violon se noyèrent dans le bruit de la tempête. Broyé par le souffle givré, le rossignol battait des ailes et perdait sa voix ! L’Univers, muet de douleur, faisait ses adieux aux charmes du chant inspiré…

… Un petit oiseau gris à gorge nouée écoutait la cantate ensoleillée du début de l’été. Une année du silence ! Le rossignol ne chantait plus, il ne ressemblait même pas aux autres oiseaux qui, eux, pouvaient animer l’air doré de leur voix. Dans les herbes chuchotantes les grésillons essayaient leurs violons et préparaient un grand concert sous la coupole étoilée de la nuit estivale. Même eux, admirateurs inconditionnels du rossignol, semblait-il l’avaient oublié… Le ciel ruisselait une lumière généreuse rappelant au petit oiseau gris les jours de sa gloire.

Tout près, un couple de mésanges apprenait le vol à ses petits  — les oisillons maladroitement imitaient l’envol des parents, un peu trop brusque au goût du rossignol. Le pauvre oiseau gris se souvint de son aspiration à la perfection, l’appel du ciel à l’exception, un appel qu’il avait presque oublié. Dans un transport d’esprit retrouvé il s’envola emporté par un mouvement élégant et inspiré, et élevé jusqu’aux nues sur les tourbillons d’un vol beau à couper le souffle baigna ses ailes dans la lumière abondante et victorieuse de l’été, entraînant les oisillons mésanges dans la voie céleste, tracée des rayons bienveillants, celle de la perfection exceptionnelle… Haut, plus haut, très haut, jusqu’à la profondeur azurée où la lumière puise sa force…

Le ciel portait dans ses bras radieux les oiseaux, affirmant son soutien à tout désir de bien et de beauté d’exception, réitérant son appel… La chaleur des rayons guérissait la gorge muette, et des sons exquis accompagnèrent le vol vers les étendues bleues, teintées de l’or…

Les grésillons jouèrent la musique la plus belle de leur vie à la gloire de la lumière céleste… La douceur de la nuit d’été vint avec le chant du rossignol accompagné par le premier cantique des oisillons. Même les mésanges chantaient à faire briller les étoiles sur le ciel de la perfection…

Svétoslava Prodanova-Thouvenin
de Strinava

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